Après des décennies de monopole, un petit Poucet de transport aérien inter-insulaire est venu secouer le confort de cette industrie en Polynésie. Tout le monde a vu l’effet sur les prix. Petit à petit apparaissent les effets sur les résultats de entreprises. Ceux-ci ne sont pas bons.
Les deux compagnies rencontrent des difficultés. Le PDG sortant d’Air Tahiti, a présenté l’avenir comme une alternative simple: la disparition de son concurrent, ou un plan social. Cet homme expérimenté a dressé un portrait réaliste de la situation. Il faut cependant pousser le raisonnement un peu plus loin, car, sous des dehors simples, l’alternative proposée peut être présentée différemment. Si le dirigeant laisse entendre qu’il suffirait d’un plan social chez Air Tahiti pour conserver les tarifs actuels, alors le choix devient : soit Air Moana disparait et son concurrent pourra rétablir des prix élevés, au détriment de la population, mais qui permettraient de payer le personnel actuel, soit les prix actuels deviennent la norme et Air Tahiti devra fortement rationaliser sa structure, il faudrait ajouter, au bénéfice de tous. Je vous laisse choisir l’option qui vous convient.
Pourquoi en sommes-nous arrivés là? Commençons par Air Tahiti. De nombreuses études ont montré qu’un monopole de service public conduit fatalement à une inflation des moyens, même les mieux gérés. En effet, les attentes du public sont fortes quand au service rendu. La solution est donc de renforcer les fonctions et les processus critiques. Cela n’arrive pas du jour au lendemain. Ce phénomène est progressif et conduit fatalement à une perte d’efficience et des couts inflatés. C’est ce qui est arrivé à notre belle compagnie. Pendant ce temps, le monde du transport aérien a été emporté par la révolution des « low-cost » et les attentes de voyageurs ont changé. Ici aussi.
Air Moana est arrivé, mal reçu par un réseau d’aéroports aux infrastructures inadaptées, qui essaye de conquérir sa place. Pour le bien être des habitants, je lui souhaite de réussir. Pour celui des employés licenciés, sa survie sera difficile à accepter.
Il faut aussi se poser une dernière question: combien d’avions peuvent sillonner le ciel du fenua avec un remplissage correct. Si l’ajout de deux avions et la baisse des prix n’a permis de ne transporter que 70 000 passagers de plus en 2023, cela veut simplement dire que moins d’un seul avion aurait suffit, en tablant sur un coefficient de remplissage de 80%. Air Tahiti et Air Moana veulent encore augmenter leur flotte. Pour transporter qui? Tant que les demandes ne seront pas plus étoffées, cela me semble suicidaire. Peut-on imaginer le fenua sans ce lien indispensable?
Disponibilité, prix et qualité de service. Voila ce qu’attend la population. Air Tahiti propose un service exceptionnel, en reliant régulièrement des iles peu peuplées, ce qui implique souvent des avions peu remplis. Ce que les clients n’acceptent plus, c’est que les lignes les plus chargées soient facturées plus cher que le service rendu pour subventionner les lignes déficitaires. L’arrivée d’Air Moana a le mérite de poser clairement la question: qui doit payer pour désenclaver nos archipels?