Je viens de terminer la lecture du dernier livre de Joël Kasarhérou, un scientifique et chef d’entreprise calédonien. Sa lecture pourrait être utile, non seulement pour un peu mieux comprendre les enjeux du « caillou », mais aussi pour inspirer quelques réflexions au fenua. Il commence par un historique rapide qui permet de toucher du doigt les causes profondes de la situation de crise que vit la Nouvelle Calédonie.
Il continue par un état des lieux sans complaisance. Il identifie cinq « dis »:
– La disproportion de l’administration: Il met en exergue le poids de la fonction publique dans l’emploi, mais aussi les différences de rémunération qui favorisent l’emploi public. Il note aussi que les différences entre les rémunérations les pus hautes et le plus basses sont plus marquées dans le secteur public que dans le privé. Ne vivons-nous pas ici la même situation?
– La disqualification: Il met en lumière le manque d’expertise locale dans de nombreux domaines de la fonction publique. Il illustre notamment ce point par une analyse de la politique fiscale, mais aussi par les politiques d’investissement publics dans la sphère concurrentielle, qui selon lui, ont presque toutes conduit à des pertes. Rien de surprenant: l’histoire de l’économie est jonchée de cadavres de projets publics dans l’agriculture, les service, l’industrie ou le commerce. Le pays doit favoriser le cadre de l’entreprise. Il ne doit pas être entrepreneur. A noter enfin, comme au fenua, les carences dans d’évaluation des politiques publiques.
– Les dysfonctionnements dans la mise en oeuvre: Il commence par faire le bilan, à ses yeux catastrophique, du transfert de compétence en matière d’éducation au pays. Non seulement les niveaux atteints sont en deçà des attentes, malgré un investissement supérieur à celui de la France, mais les différences ethniques jouent un rôle prépondérant. Il poursuit par la santé et le logement. Ne souffrons-nous pas un peu des mêmes maux?
– La dislocation de la société: Voilà un sujet qui ne nous concerne qu’à une moindre échelle. En nouvelle Calédonie les différences ethniques se sont accentuées, tant au niveau de l’âge moyen que des revenus, de l’accès aux services public… La société calédonienne est devenue plus violente, dans les famille et sur la route. Le taux de suicides est élevé. Les indices internationaux comme le Gini n’ont pas progressé en 30 ans.
– La distorsion économique: l’auteur qualifie le modèle calédonien de modèle « MINAB »
* M comme monnaie: Comme en Polynésie, la Nouvelle Calédonie ne dispose pas de l’outil monétaire pour ajuster son économie. Je ne suis pas sûr que le bilan soit forcément négatif.
* I comme indexation: Comme en Polynésie, le système d’indexation des revenus des fonctionnaires crée une caste de privilégiés dont le pouvoir d’achat influe à la hausse des prix.
* N comme Nickel: Un sujet spécifique à la Nouvelle Calédonie. Je ne m’y arrêterai pas sauf pour remarquer le poids d’options politiques divergentes dans ce dossier. L’exploitation du Nickel doit être encadré par la loi. Elle est contrôlée par les provinces. C’est une erreur.
* A comme aide: Il s’agit de la contribution de la France. Nous sommes en pays de connaissance. La Nouvelle Calédonie vit sous perfusion, moins qu’au fenua. selon l’auteur. La défiscalisation n’a pas tenu ses promesses, sinon pour quelques investisseurs qui ont su en tirer une rente et quelques intermédiaires.
* B comme bureaucratie: héritage de la France, elle est pléthorique, inefficace et couteuse. De plus, le personnel politique est majoritairement issu de la fonction publique. Cela favorise le statu quo que l’on observe et peut-être à la corruption.
La suite de l’ouvrage cherche de pistes de progrès. Je vous conseille de le lire. Certaines sont très spécifiques au « caillou ». D’autres peuvent nous donner des idées. Nous partageons certainement une partie du diagnostic. Nous avons des atouts que nos voisins du pacifique n’ont pas. Nous avons aussi nos faiblesses, souvent communes. Aurons-nous le courage de nous secouer et de sortir un peu du confort dans lequel nous vivons?