Concurrence? Déloyale?

Notre quotidien préféré a publié un article au titre affirmatif: « la concurrence déloyale de vendeurs de surfwear sur facebook ». Il faut être à Tahiti pour penser que la vente en ligne constitue une concurrence déloyale. Protégés par de barrières difficilement franchissables, nos commerçants comme nos industriels pensent que leur situation privilégiée est simplement normale.

Bien sûr, ils jouissent de nombreux privilèges, une fiscalité et des quotas qui les protègent, une complexité et des coûts qui favorisent les professionnels et rendent les achats en ligne très difficiles. Quand donc verra-t-on Amazon nous offrir un service décent ici? Il reste une petite fenêtre, bien modeste, une franchise de 20 000F. Ils veulent fermer ce petit moyen d’acheter à un prix raisonnable des produits qu’ils ne vendent même pas ici, ou à des prix exorbitants.

Permettez-moi de vous narrer un expérience récente. J’avais besoin de changer un pièce sur ma voiture. Son coût ici: 23 500F. Son coût en Europe: entre 20 et 40€. Je l’ai fait venir d’Europe. Qui, croyez-vous, est responsable de la vie chère ici?

Un commerçant interrogé par le journaliste lui affirme avoir le monopole de la revente d’une marque en Polynésie. Soit. Je ne vous dirai pas que l’exclusivité ne peut se justifier dans certains cas. mais est-ce la cas pour une marque qui offre un tel choix de modèles qu’il faudrait plusieurs boutiques pour les exposer tous avec un risque important d’invendus. C’est le grand progrès apporté par les ventes en ligne: le choix. Chez nous plus qu’ailleurs, il s’y ajoute le prix.

Ces boutiques voudraient être protégées par la puissance publique. Si elles ont un contrat d’exclusivité, elles peuvent déposer une plainte. J’avoue me demander sur quelle base. Contre le vendeur en ligne? A moins qu’il ait acheté en étant informé par son vendeur qu’il n’avait pas le droit d’importer en Polynésie, il lui sera facile de répondre que la question de l’exclusivité est une question entre la boutique et son fournisseur et que si conflit il y a, c’est entre ces deux parties. Je souhaite à la boutique de la ténacité, de la patience et des moyens.

Permettez-moi aussi de faire remarquer au rédacteur de l’article que l’importation de produits de marques n’est pas illégale. La question de l’exclusivité n’est pas un problème légal. c’est un problème contractuel. Elle concerne des parties privées.

En revanche, la question de la contrefaçon est un aspect plus grave. Dans ce cas, la marque peut porter plainte, ou le revendeur, si celui-ci a été mandaté par la marque. La douane pourra alors être amenée à intervenir. Ce processus est long et coûteux. Au risque de désespérer nos amis commerçants « brick and  mortar », je doute qu’une marque ait envie de se préoccuper des contrefaçons vendues au fenua.

Dans le monde entier, la vente en ligne a changé le métier de commerçant. Son obsession n’est plus d’offrir un choix stable. Son obsession est d’offrir ce qui se vend rapidement, ce que le client veut tout de suite. La vente en magasin est soit une vente d’impulsion, soit une nécessité immédiate, soit le besoin d’un conseil. Dans tous les autres cas, l’avenir est à la vente en ligne. A nous de nous adapter et les prix baisseront au fenua.

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