Modernisation de la démarche budgétaire au fenua.

La création du Comité de cadrage macroéconomique et budgétaire est une initiative qui montre une volonté de modernisation du fonctionnement du pays et nous rapproche des meilleures pratiques dans ce domaine. Nous devons nous en réjouir pour la gestion des deniers du pays, qui sont bien sûr les nôtres, collectivement.

Je voudrais, à cette occasion, suggérer deux initiatives supplémentaires, apanages des pays les plus avancés:

Tout d’abord, il serait important de réfléchir à l’indépendance de l’ISPF vis à vis du pouvoir exécutif. Dans son « CODE DE BONNES PRATIQUES DE LA STATISTIQUE EUROPÉENNE », l’Union européenne exige dans son principe numéro 1: « L’indépendance professionnelle des autorités statistiques à l’égard aussi bien des autres instances et services politiques, réglementaires ou administratifs, que des opérateurs du secteur privé, assure la crédibilité des statistiques … »

Mon propos n’est pas aujourd’hui de détailler les moyens à mettre en oeuvre pour atteindre l’indépendance souhaitée. Qu’il soit simplement retenu que des procédures strictes assurent l’absence d’intervention politique ou autre, que le budget est défini par l’organisme statistique en fonction des demandes et que le programme statistique régulier est connu et publié par l’institut, sans l’imprimatur d’autres autorités.

Nous sommes loin de ces pratiques, puisque le gouvernement siège au Conseil d’Administration de l’ISPF, que c’est lui qui en nomme le directeur et fixe sa rémunération.

Pourquoi donc cette nécessité d’indépendance? Entre l’obligation de publier des données répondant à des normes statistiques élevées et la vie d’un gouvernement, il peut y avoir un conflit d’intérêt. Certaines données peuvent venir contrarier la politique de celui-ci. De plus, « Savoir c’est Pouvoir ». Un gouvernement peut être tenté de connaitre des données avant tout le monde, ou même vouloir les garder pour lui.

L’indépendance de l’Institut statistique est là pour éviter ces écueils. Celui-ci est un bien commun, financé par la contribution de tous. Ses publications doivent être disponibles pour tous, au même moment. Lorsque vous avez, comme investisseur, fait carrière sur la base de publications statistiques, vous savez combien il est important de donner un terrain de jeu équitable à tous les acteurs économiques.

Ma deuxième suggestion cherche à corriger un point faible du Comité: celui-ci est là pour coordonner les actions de l’exécutif dans son domaine de compétence. Il est composé de hauts fonctionnaires et d’hommes politiques qui ont le mission de conduire les actions publiques et d’en assurer le financement. Ce ne sont généralement pas des économistes, et même si certains avaient fait des études dans ce domaine, leur fonction et celui du Comité est avant toute cadrer l’action publique.

C’est pourquoi, comme c’est le cas dans de nombreux pays, je recommande de réunir un panel d’économistes dont le rôle serait de donner une appréciation motivée des hypothèses retenues, éventuellement, d’en proposer d’autres, et des conséquences des décisions. Ses rapports seraient collectifs et je recommande qu’ils soient publics afin que toutes les tendance politiques ainsi que les acteurs économiques puissent s’y appuyer.

J’entend déjà dire que nous sommes un petit pays, que nous n’avons pas ces experts, que les sujets sont suffisamment simples pour que nous n’en ayons pas besoin. Permettez-moi de vous détromper. Nous avons un certain nombre d’experts, à l’Université, dans les Banques et ailleurs. S’il manque une spécialité, on peut la solliciter au delà des mers. Nos sujets sont simples? Il suffit pourtant de parler aux opérateurs économiques pour se rendre compte que nous sommes capables de créer une extrême complexité. Enfin, ces experts auront une capacité que la Comité n’a pas: il pourront évaluer les conséquences d’une erreur.

Au delà même du cadrage budgétaire, ils pourront être sollicités dès lors qu’un projet pourrait avoir un impact économique significatif. Certaines initiatives de l’ancienne législature aurait été peut-être revue si un tel panel avait été sollicité.

Dans de nombreux pays, le panel a même la possibilité de s’auto-saisir d’un sujet et d’en étudier les impacts économiques.

Les deux propositions ci-dessus n’ont, en apparence, rien de révolutionnaire. Ils ont cependant en commun une qualité. Ils apportent aux dirigeants des visions indépendantes de l’économie. Trop souvent, en effet, le petit monde des dirigeants publics et privés se convainquent mutuellement, plus sur des impressions que sur une analyse objective. La production indépendante de données économiques et leur analyse par des professionnels avec peu d’interêt direct dans le résultat apportera aux dirigeants du pays des visions solides, parfois contrariantes, des visions qui permettront d’atténuer l’effet d’un consensus souvent peu étayé.

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