Qui a déjà emprunté la RDO à Punaauia en respectant scrupuleusement les limitations de vitesse sans se faire dépasser par une foule de voiture? Je ne dois pas avoir de chance. cela ne m’est jamais arrivé. Les muto’i le savent bien, qui y installent leur radar régulièrement. Il y a a peine trois kilomètres limités à 50 km/h. En roulant à 90 km/h, l’automobiliste gagne moins d’une minute et demi. Est ce vraiment utile?
Autre expérience: j’entends souvent des entrepreneurs qui se plaignent de l’absence d’égalité des chances. Ils sont particulièrement irrités par la concurrence déloyale qu’ils subissent d’entrepreneurs qui prennent des liberté avec le droit du travail, employant sans les déclarer des proches, ou des moins proches, ou privilégiant les patentés aux employés, même lorsque le lien de subordination est évident.
Le problème semble être endémique en perliculture. De nombreuses fermes feraient appel à des proches, en omettant de les employer selon les règles en vigueur. Les fermes qui agissent en conformité avec les lois ont le sentiment de subir un concurrence déloyale à plusieurs niveaux: au niveau financier d’abord. Elles ont aussi le sentiment de subir une autre sorte de discrimination: la loi du silence. Si elles élèvent la voix, elles risquent de voir les autorités municipales leur faire des difficultés, jusqu’à, m’a-t-on rapporté, faire diligenter des inspections qui épargneraient les soutiens du maire, ou risquer un non renouvellement de concession. Rumeurs? Réalité?
L’argument développé pour justifier un certain laxisme est le suivant: du fait d’un prix de la perle très bas, les perliculteurs ne s’en sortent plus. On ne souhaite pas avoir, surtout dans les iles éloignées, des centaines de familles qui perdraient leur maigre revenu. Deux questions viennent tout de suite à l’esprit: l’argument est-il recevable? fermer les yeux est-elle la solution?
En ce qui concerne l’argument, la théorie économique nous enseigne que, dans un environnement de forte concurrence, le prix à la production tend à se rapprocher du coût marginal de production. Si ceci s’applique à la perle, les perliculteurs qui font l’impasse sur les déclarations réglementaires ont donc des coûts plus bas, et ce sont eux qui finalement sont le déterminant du prix, conduisant l’industrie dans sa totalité à une course au moins disant, qui conduit fatalement à une moindre qualité, faute de quoi, c’est la faillite assurée.
Dans ce cas, faut-il vraiment fermer les yeux? Etre tolérant, pourquoi pas. Etre aveugle, sûrement pas. En réduisant petit à petit les contraintes, en favorisant, par compassion ou par intérêt politique, les moins performants, on risque de participer à la disparition d’une industrie clé. On risque de décourager de vrais professionnels, qui ont envie d’y investir. C’est pourquoi, il est urgent de rétablir un terrain de jeu et les mêmes règles pour tous, et qu’elles soient appliquées. La tolérance peut s’exprimer dans la sanction, pas dans le contrôle des règles.
Le secteur de la restauration semble subir des mêmes maux, notamment dans le secteur des roulottes. Quand on voit certaines roulottes servir quelques dizaines de repas par soirée avec quatre ou cinq employés, on se demande comment elle peut pratiquer des prix aussi bas. Bien sûr, il faut nourrir une population qui n’est pas riche et le problème du prix devient vite politique. Ce cas de figure n’est pas propre au fenua. Il s’observe dans de nombreux pays. En fermant les yeux, on subventionne implicitement ce secteur économique, mais on creuse aussi le déficit de la protection sociale et on handicape aussi les commerçants qui veulent faire leur métier dans les règles.
D’autres cas viennent à l’esprit, comme ce salon de coiffure qui emploie des patentés, alors que le lien de subordination est évident.
Au fond, la question est toujours la même: a quoi sert une loi? Si elle n’est pas appliquée, autant l’abroger. Si elle n’est appliquée qu’à certains et non à d’autres, la confiance va rapidement s’affaiblir. Si elle doit être appliquée, comment sont réalisés les contrôles? En cas d’infraction, quelles en sont les vraies conséquences?
Une société humaine ne tient que si elle se dote de règles et que celles-ci soient respectées. L’exemple doit venir d’en haut. Si nos dirigeants montrent un laxisme vis à vis des lois qu’eux mêmes ont votées, s’ils favorisent les proches en fermant les yeux, s’ils discriminent les autres en s’appuyant sur ces lois, la confiance va petit à petit s’éteindre et la société se dissoudre.
Reprenons nos cas:
En perliculture, les contrôles sont-ils fréquents et totalement indépendants des autorités politiques locales?
En restauration, y a t il simplement des contrôles?
En matière de patentés, a t on les moyens de connaitre leur activité réelle?
Je ne connais pas les réponses, mais cela me rappelle une expérience. Cela se passait en Serbie. La TVA venait d’être introduite. Pour s’assurer de sa facturation, les commerçants avaient été obligés de s’équiper de caisses enregistreuses et de délivrer un ticket. Afin de s’assurer du respect de la loi, le Ministre des Finance avait eu recours à une méthode brutale, mais efficace: il avait une équipe d’inspecteurs, qui parcourait le pays et faisait des achats. En cas d’infraction à la délivrance du ticket, la première fois, il écopait d’une amende. En cas de récidive, le magasin était fermé d’autorité pour quelques jours et une affiche annonçait la fermeture et la raison. En peu de temps, la fraude a quasiment disparue. C’est une peu extrême, mais peut-être pourrions nous trouver un moyen de rétablir une compétition équitable tout en remplissant les Caisses de la CPS, qui en a bien besoin.