Pourquoi le thème du développement du fenua a-t-il été si absent des dernières élections?
La première réponse, la plus logique, c’est que ce n’est pas une priorité des électeurs, que les thèmes de protection sont plus vendeurs:
protéger l’emploi, alors même que nous sommes loin du plein emploi. Ne vaudrait-il pas mieux encourager l’emploi, en encourageant l’investissement d’où qu’il vienne?
protéger le foncier, alors que la préoccupation principale devrait être de libérer du foncier pour accueillir de l’immobilier résidentiel, industriel et commercial, tout en décourageant bien sûr les comportements spéculatifs.
protéger l’environnement. Vrai sujet. Nous avons un environnement globalement préservé. Cependant, il reste menacé par notre laisser aller, en ne collectant pas assez les déchets, en ne traitant pas assez les eaux usées…
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Cependant, en écoutant nos candidats attentivement, en lisant leurs professions de foi, une autre explication semble tout aussi vraisemblable. Ces hommes et ces femmes politiques ne croient simplement pas à un développement dynamique de notre petit pays. C’est pourquoi leurs programmes se ressemblent tous. La nuance vient du statut: les autonomistes tiennent avant tout à conserver la manne métropolitaine, et les indépendantistes laissent croire qu’il y aura toujours quelqu’un pour payer.
A mon avis, ils ont tort, les uns autant que les autres. Le développement du fenua est possible. Nous disposons d’un environnement exceptionnel et d’une population qui ne demande qu’à être motivée, même s’il ne faut pas en sous-estimer les faiblesses: éloignement, dispersion, manque de formation, etc.
Il est vrai que lorsque l’on aborde cette question avec des entrepreneurs, leur réponse exprime souvent un certain fatalisme. Les liens entre les principaux opérateurs économiques et le gouvernement sont si forts qu’il est très difficile, voire impossible de faire sa place. Lorsqu’un entrepreneur venu d’ailleurs s’intéresse au fenua, il est vite découragé par les règles discrétionnaires qui émaillent toutes nos réglementations.
Tout ceci est facilement explicable. Si j’étais un entrepreneur local, voici quelle serait ma stratégie:
S’assurer une position dominante dans mon marché, tout particulièrement dans les produits de grande consommation et leur distribution.
investir mes profits dans un activité déficitaire intégrée dans le même groupe fiscal. Il s’agit souvent d’hôtellerie. S’assurer de pouvoir défiscaliser ces investissements.
Le moment venu, revendre l’investissement déficitaire en réalisant une plus value, elle, peu ou pas fiscalisée.
Ce n’est que de la bonne gestion. Chaque chef d’entreprise raisonnable ferait cela dans le contexte local. Il y a cependant quelques conditions nécessaires pour y réussir:
Il faut avant tout éviter une concurrence trop active, notamment celle venant d’ailleurs. Pour cela, il faut convaincre la classe politique qu’il est dans son intérêt d’appuyer cette approche, par des mesures fiscales et réglementaires. Il faut faire des hommes politiques des « amis ».
Il faut ensuite s’assurer que ces « amis » soient favorables aux mesures fiscales nécessaires au modèle économique. Notons aussi que c’est réciproque: les interventions publiques, comme un barème l’Impôts sur les sociétés élevé, compensé par un système de déficalisation généreux, mais discrétionnaire, est depuis longtemps un moyen pour les dirigeants politiques en place pour s’assurer des « amitiés ».
Il faut aussi convaincre la population que ce qui est bien pour l’entreprise est bien pour elle.
Ce dernier point semble être une réussite tant il est clair que le discours des candidats à l‘élection ne s’intéresse qu’à l’idée de protection. Bravo!
Pourtant, sur le plan économique, cette approche est contredite par l’expérience:
Les pays qui se développent le plus sont souvent des pays économiquement ouverts,
Les pays vraiment indépendants ou autonomes sont ceux qui n’ont pas à tendre la main,
Les pays qui font de la fermeture de leur économie une politique sont ceux qui concentrent la pauvreté et la corruption.
Alors, pourquoi continuer dans cette voie sans issue? Ceux qui veulent l’indépendance devraient promouvoir une indépendance économique, même si cela veut dire faire appel à des capitaux et des compétences importés. Qu’importe l’origine des entrepreneurs, s’ils entreprennent ici, créant de la richesse et de l’emploi. Rassurez-vous, ils ne peuvent pas repartir, ni avec la terre, ni avec le peuple. Il ne peuvent pas non plus piller le pays, dès lors que ce dernier à la main sur la réglementation et la fiscalité, tout au moins pas plus que les entrepreneurs locaux. Ceux qui penchent plutôt vers une autonomie devraient voir les subsides de la métropole comme un moyen d’accélérer ce développement, d’enrichir le pays en infrastructures et d’accélérer la formation de tous les jeunes pour qu’il puissent occuper le maximum des emplois créés.
Souvenez-vous du mot attribué à Mark Twain: « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors, ils l’ont fait ».
J’ai déjà été trop long. Faites-moi simplement la courtoisie de me laisser conclure en partageant avec vous ma conviction:
Je suis certain que ce merveilleux petit pays dispose d’atouts exceptionnels qui pourraient séduire les investisseurs du monde entier, et encourager les créateurs locaux à développer leurs projets. Cependant, pour cela, il faut changer de manière de fonctionner:
Il faut que la loi soit la même pour tous, qu’elle soit appliquée de manière égale, qu’elle ne change pas sans préavis et qu’elle évite les interventions discrétionnaires des politiques et des fonctionnaires .
Il faut que la loi crée une situation équilibrée entre les différents acteurs de la création de valeur. Les exemples de la perle et de la vanille, qui paraissent favoriser les négociants, sont à réformer d’urgence et à proscrire dans le futur.
Il faut que les investisseurs étrangers soient accueillis avec interêt, parce qu’ils amèneront les compétences et les capitaux dont nous manquons, mais aussi des idées nouvelles, et il faut qu’ils trouvent ici un terrain de jeux qui ne donne pas l’impression de favoriser certains.
Il faut enfin que la fiscalité incite à investir pour le long terme et que les aides à l’investissement soient limitées dans le temps et conditionnées à la réalisation des investissements. La protection de la production locale doit tout particulièrement être subordonnée à l’intérêt des habitants, et non exclusivement à celui des entrepreneurs.
Apparemment, ce que je propose est radical. Peut-être suis-je un peu rêveur. Je ne le crois pas. En ne perdant pas le fil conducteur, ces changements peuvent être progressifs. Il suffit simplement de le vouloir. En sommes-nous capables?