Offres d’emplois

– Ia ora na o Mareva.
– Io ora na o Maui.
– Tu as vu la bonne nouvelle! Il vont embaucher 400 nouveaux fonctionnaires. Je vais postuler.
– Oui. Je vois. Je te reconnais bien là. Toujours à la recherche de la planque!
– Pas du tout. Tu connais Teri’i, mon cousin. Il travaille à la DIREN et il n’arrête pas. D’ailleurs, j’ai lu que rien n’est plus faux que de dire qu’être fonctionnaire, c’est la planque. Il y en a même en burn out!
– Mais, on n’en a pas déjà assez, des fonctionnaires. Je crois que nous sommes à près de 37% des emplois ici, en Polynésie. La France est à 22% et la Norvège, championne toute catégorie, est à 30%
– Oui, mais nous sommes un tout petit pays. Il en faut un minimum. Et puis l’armée française doit sérieusement grever l’impact.
– En retirant les 2000 soldats, on descend à 34%. Ce chiffre me semble rester élevé, surtout que de nombreuses fonctions indispensables sont réalisées depuis la métropole.
– As-tu compté les patentés?
– Non. Ce sont des entrepreneurs, pas des employés.
– Mais ici, beaucoup d’entre eux sont comme s’ils étaient des employés.
– Je sais, mais même si on n’en tenait compte, on resterait aux alentours de 30%.
– Te casse pas la tête, Mareva. Ils savent ce qu’ils font. S’ils en ont besoin, il faut bien les embaucher.
– Je ne sais pas si on en a besoin, mais je me demande bien comment on va les payer? Ce gouvernement cherche partout de l’argent.
– Pas de souci. Un copain m’a dit que recruter des fonctionnaires, cela crée de la richesse.
– Si c’était si vrai que cela, alors nous serions tous fonctionnaires et tous riches!
– Mais alors, il m’a dit n’importe quoi?
– Non, il t’a ressorti un vieil argument des socialistes français. Cela peut-être effectivement vrai si on peut lever assez d’impôts pour les payer sans provoquer une récession. La pire situation, celle que l’on connait parfois, c’est quand il faut emprunter pour payer les fonctionnaires. le pays s’appauvrit alors clairement.
– On n’a pas ce risque: on ne peut pas emprunter pour cela.
– Sauf en cas de crise, avec alors l’aval de la France. Il y a cependant un autre inconvénient possible: augmenter les impôts conduit mécaniquement à appauvrir la population, et surtout les entrepreneurs. Ils investissent moins et la croissance en prend un coup.
– Ils s’en remettront…
– … Ou ils iront investir dans un pays plus prometteur. La croissance du fenua ces vingt dernières année n’a pas été glorieuse. S’est-on demandé si cela ne venait pas du poids des impôts et de l’omniprésence de l’administration? Surtout qu’on a continué à en rajouter. Regarde simplement la PSG, en quasi faillite cinq ans après sa création.
– Mais alors, que proposerais-tu, Mareva?
– Tout le contraire, Maui, mais ce n’est pas politiquement raisonnable: réduire la fonction publique territoriale et communale de 20%, réduire les impôts et les contributions sociales, notamment ceux qui portent sur l’activité économique, diviser par deux ou trois les contraintes réglementaires et les autorisations publiques.
– Arrête, Mareva! Arrête! Tu veux la révolution? Tu auras la moitié du pays dans la rue!
– C’est ce que je dis: ce n’est pas réaliste, surtout si on le fait d’un coup, comme les Néo-zélandais l’ont fait en 1984. Par contre, petit à petit, en gérant avec parcimonie les deniers publics, on peut aussi y arriver.
– Mais alors, pourquoi le gouvernement ne le fait-il pas?
– Il a conduit une politique assez rigoureuse, mais celle-ci a été mise à mal par la pandémie. De plus, il ne faut jamais sous-estimer la boussole des hommes politiques.
– Quelle boussole? Je ne vois pas…
– Les élections, cher Maui. Les élections!
– Mais elles seront passées les élections. On est en plein dedans.
– Pas les élections nationales. En dehors de quelques postes bien rémunérés pour des fidèles et une source de financement pour les partis, elles n’intéressent pas grand monde ici.
– Mais quelles élections alors?
– Celles de l’an prochain, gros nigaud. Celles qui vont renouveler l’assemblée mais aussi le gouvernement du fenua. Celles qui comptent vraiment.
– Quel rapport avec les recrutements.
– Ce que tu peux être bouché de temps en temps. 400 nouveaux postes, ce sont 400 familles contentes, ce sont de nombreux élus locaux satisfaits et un soutien massif aux sortants. Ils ne seraient pas les premiers à faire cela.
– Je comprends. Si je résume. Tu penses que c’est une opportunité rare, qu’elle en se renouvellera pas avant cinq ans. Raisons de plus pour me dépêcher. Je vais poser ma candidature tout de suite et je vais demander à mon maire, que je connais bien, de m’apporter son aide. Il rêve d’être ministre. Allez, nana o Mareva.
– Tu n’es finalement pas si bête! Nana, o Maui.

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